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07 octobre 2009
Qui était Max Weber? Retour sur un précurseur.
Weber, Max (1864-1920)
http://www.reynier.com/Anthro/Politique/WeberB.html
Weber est de tous les sociologues modernes celui dont le rayonnement fut et reste le plus grand, tant par l'admiration que par la contestation qu'il suscite. Certaines de ses œuvres continuent à faire l'objet de vifs débats, comme à l'époque de leur parution. On a souligné son extraordinaire personnalité, son érudition encyclopédique et son tempérament volcanique, mis au service d'une vision particulièrement aiguë des choses. Depuis la première traduction en russe d'une de ses oeuvres jusqu'aux travaux qui se sont multipliés au Japon, il n'a cessé d'influencer d'une manière déterminante l'évolution de la sociologie dans tous les pays. On aurait cependant tort de ne considérer que l'oeuvre du sociologue, car Weber fut aussi un remarquable juriste, un brillant économiste, un historien de grande classe. Mais de nos jours on met davantage l'accent sur la dimension philosophique et politique de sa pensée, car, en ce domaine aussi, il fut l'égal des plus grands esprits de sa génération, par exemple Husserl, Simmel ou Scheler.
Il faudra attendre Raymond Aron pour commencer à découvrir une présentation plus générale de ses écrits. De nos jours, c'est un sociologue consacré dont la pensée est une source importante de référence pour de nombreux sociologues contemporains.
I. Les fondements de la sociologie wébérienne.
Il définit la sociologie comme " une science qui se propose de comprendre par interprétation l'activité sociale et par-là d'expliquer causalement son développement et ses effets ". Il s'agit donc d'analyser l'action sociale. Raymond Boudon considère que Weber est le fondateur de la démarche individualiste dans les sciences sociales.
A. L'action sociale comme objet central de la sociologie.
1. La compréhension des phénomènes sociaux est immédiate et non indirecte comme ceux de la nature. L'observateur doit donc se placer du point de vu de l'acteur pour comprendre le sens subjectif qu'il donne à son action. Le sociologue doit reconstituer conceptuellement les institutions sociales et leur fonctionnement de même, il doit faire le récit de ce que l'on ne verra jamais deux fois, c'est à dire qu'il doit rechercher à la fois le général et le singulier. Enfin, on ne peut comprendre les actions humaines hors de leur système de valeurs et de croyances. Ainsi se pose le problème de l'objectivité du savant. Il doit donc refuser tout jugement de valeur et tenir compte du rapport aux valeurs que l'observateur peut choisir de sélectionner si celles-ci ont constitué un enjeu dans la société étudiée. Il ne faut donc pas rechercher uniquement des relations générales et uniformes, mais saisir les phénomènes dans leur singularité historique (il faut rechercher les causalités sociologiques et les causalités historiques qui sont complémentaires. Celles-ci sont partielles et probabilistes. C'est à dire que Weber refuse le déterminisme).
2. L'action sociale n'englobe pas l'ensemble des activités mais seulement celles qui sont orientés vers autrui, cet autrui pouvant prendre des caractéristiques très variées (individu ou groupe, connu ou inconnu, réel ou abstrait). De même le sens de l'action n'est pas uniforme puisque ses orientations dépendent des degrés de conscience plus ou moins élevés qu'il répertorie sous 4 idéal-types même si l'action est en fait la combinaison de plusieurs orientations. B. Motivations et idéal-type.
1. L'approche weberienne privilégie la recherche des motivations de l'acteur. Celles-ci peuvent être rangées en deux catégories : celles qui sont invoquées par les acteurs et celles qui sont découvertes par le chercheur. Néanmoins, les individus agissent, le plus souvent, sans savoir clairement ce qu'ils font et sans conscience précise de la réaction des autres. L'action sociale doit donc dans la mesure du possible, être évaluée par rapport à une action idéal-typique qui serait rationnelle.
2. L'idéal-type est une reconstruction stylisée d'une réalité dont l'observateur a isolé les traits les plus significatifs, il s'agit donc d'un modèle d'intelligibilité. Par exemple, la bureaucratie est un idéal-type c'est à dire une forme pure dont on ne rencontre jamais aucun exemplaire dans la réalité mais qui permet de cerner les tendances propres à cette catégorie d'organisation sociale (il en va de même pour le modèle du consommateur rationnel). En ce sens, l'idéal-type va devenir l'instrument privilégié de la recherche du sens et de l'explication causale. Il possède un double statut : il permet de rendre compte d'une situation historique singulière et il permet de rationaliser une pluralité de situations historiques.
Il existe 4 idéaux types. Si l'acteur n'a qu'une faible conscience du sens de l'orientation de son action, celle-ci sera gouvernée par un comportement traditionnel (par coutume, par habitude) ou par un comportement affectuel (par sentiment ou émotion). Si l'acteur a une forte conscience du sens de l'orientation, il pourra s'agir d'une action rationnelle en valeur (par conviction) ou d'une action rationnelle en finalité (par confrontation rationnelle des moyens et des buts).
II. Quelques théories weberiennes
A. Les grands thèmes de l'oeuvre économie et société.
1. Realtion sociale, communalisation et sociation. Weber s'intéresse à l'action sociale en tant qu'elle est une relation sociale. Mais quel est le type d'accord qui relie les individus entre eux ? La communalisation (sentiment subjectif d'appartenir à une même communauté) ou la sociation (compromis ou coordination d'intérêts motivés rationnellement).
2. Pouvoir et domination. Toutes les relations sociales ne sont pas équilibrées, c'est à dire qu'il existe une relation d'infériorité/supériorité résultant de l'usage de la force physique ou de situations légitimes. Il existe trois formes principales de domination : charismatique (on suit la personne du chef), traditionnelle (on obéit à la personne du détenteur du pouvoir déterminé par la tradition. ou légale-rationnelle (on obéit à un ordre impersonnel).
3. La bureaucratie. Le modèle le plus pur de la domination légale-rationnelle est la direction administrative bureaucratique. Celle-ci se caractérise par la hiérarchie, un pouvoir fondé uniquement sur la compétence, une réglementation impersonnelle, la limitation du favoritisme... La bureaucratie se définie aussi par l'organisation qu'elle sert, l'état. Or ce dernier possède le monopole de la violence légitime. Il faut donc qu'il apparaisse comme légitime.
4. La rationalisation. Pour lui, la rationalité tend à s'imposer dans tous les domaines, les actions rationnelles en finalité tenant une part toujours croissante. Par ce processus les rapports sociaux sont dépersonnalisés et universalisés.
5. Le désenchantement du monde. La rationalisation conduit à un recul du religieux et du magique dans les rapports qu'entretiennent les individus avec leur environnement. Ainsi la rationalisation enlève aux éléments leur part de mystère, marginalise la place du mythe et de la magie. Aussi l'homme ne se fait plus d'illusions car il peut comprendre, maîtriser et prévoir. Néanmoins, ce désenchantement conduit à une perte du sens donné par la religion. B. L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme. Selon Weber, c'est l'éthique protestante qui constitue un facteur explicatif (et non une cause suffisante et nécessaire) de l'essor du capitalisme. Il s'intéresse donc au rapport entre la religion et la société, c'est à dire entre le domaine des valeurs et les pratiques économiques. Il existe un esprit du capitalisme indépendant du capitalisme lui-même. Ainsi, l'idéal-type presque pur du capitalisme peut s'observer bien avant que n'apparaisse la grande industrie concentrée. Weber reprend l'idée selon laquelle le capitalisme nait au XVIe siècle dans les milieux de confession protestante. Le système de valeurs catholiques qui forge la mentalité de l'occident chrétien est un obstacle au capitalisme (valorisation de la pauvreté, de la charité, critique du prêt à intérêt...). Le calvinisme, au contraire encourage un comportement congruent avec le capitalisme (valorisation du travail, notion de prédestination...) : le croyant doit donc se comporter comme un moine chez qui le travail et l'entreprise remplace la prière et la contemplation. La conception que chaque religion se fait du salut est essentielle. Septembre 1999
Pour aller plus loin....
source: http://www.memo.com
Economiste et sociologue allemand. Max Weber naît à Erfurt, en Thuringe, en avril 1864, dans un milieu familial protestant comptant des industriels du textile, des hauts fonctionnaires et des universitaires. Son père mène une carrière politique dans le parti national-libéral, et Weber côtoie dès son jeune âge des politiciens et des intellectuels tels Dilthey et Mommsen.
Lecteur de Marx, Hegel, Nietzsche, mais aussi de Kant, se passionnant pour l'histoire, la philosophie, l'esthétique, la théologie, il poursuit de brillantes études de droit et d'économie: sa thèse sur les sociétés commerciales au Moyen Age (1889) et le texte de son habilitation portant sur l'histoire des institutions agraires dans l'Antiquité (1891) le font saluer comme un chercheur éminent. Il enseigne le droit et l'économie politique à Fribourg (1894) puis à Heidelberg (1896), mais une santé défaillante lui fait abandonner ses cours en 1898. Après avoir fondé en 1904 la revue Archives de sciences sociales et de sciences politiques avec Sombart et Jaffé, il participe en 1910 à la création de la Société allemande de sociologie.
Engagé dans une activité politique, opposant à Guillaume II, convaincu de la nécessité de l'Etat-Nation, il combat l'antisémitisme, l'anti-européanisme et la démagogie, et adhère au parti social-démocrate en 1918. Membre de la délégation allemande au traité de Versailles, il est sollicité pour travailler à l'élaboration de la Constitution de la République de Weimar. Appelé à la fin de 1918 à la chaire de sociologie de l'université de Munich, il meurt prématurément de pneumonie en juin 1920.
Reconnu comme un des fondateurs de la sociologie, Max Weber fut, avec Georg Simmel, un analyste de la modernité, qui voyait dans la tendance croissante à la rationalisation une caractéristique spécifique du développement de la civilisation occidentale. Pour lui, la sociologie devait être une science «compréhensive» et «empirique» de l'activité sociale, dont l'«idéal-type» constituait l'outil conceptuel le plus approprié.
Parallèlement à des travaux théoriques et méthodologiques, Max Weber a produit des études d'histoire économique, de sociologie économique, religieuse, politique, juridique; il a ainsi ouvert la voie aux recherches de sociologie urbaine et de sociologie de l'art, ainsi qu'à la vision sociologique, plus récente, de la science.
Pour Weber, une approche scientifique est une mise en perspective du réel selon un «point de vue cohérent» (qui ne peut se confondre avec l'opinion d'un sujet), et aucune science ne peut atteindre la totalité du réel; toute recherche visant à produire des connaissances objectives doit en accepter le caractère forcément partiel, et l'on ne peut démontrer la prédominance d'un ordre de causalité sur un autre. Il est d'autant moins admissible de prétendre fournir des synthèses globales et définitives dans les sciences sociales que celles-ci ont affaire à la variabilité des mentalités, des modes de relations sociales et des institutions dans l'histoire. S'il y a dans les processus sociaux des régularités quantifiables en termes de probabilités («chances»), leur caractéristique est d'être compréhensibles pour l'observateur qui en reconstitue le sens social historique. Travailler sur la «relativité significative» des phénomènes sociaux n'implique en aucune façon, pour Weber, défendre un relativisme indifférencié des valeurs.
Max Weber propose de constituer une science «empirique» et «compréhensive» de l'activité sociale pour éviter aussi bien d'identifier les phénomènes sociaux à des entités métaphysiques - Communauté, Société, Classe, Etat... - que de leur appliquer par un naturalisme naïf le modèle organique de la biologie ou le modèle mécanique de la physique classique. Ces approches, sous leur antagonisme apparent, prétendaient toutes à un monisme explicatif aboutissant au projet d'une science normative du social. Pour éviter l'emploi essentialiste, idéaliste ou psychologiste de concepts globaux, Weber propose de dégager la «signification subjectivement pensée» des «formes sociales» historiques. Par là, il ne renvoie pas à l'expérience vécue, en fait incommunicable et incontrôlable, mais au sens intelligible de comportements individuels ou de groupes en fonction des savoirs dont disposent les «agents», les «acteurs sociaux» étudiés. Ainsi peut-on comprendre et expliquer, évaluer par rapport aux intérêts existentiels des individus ou des groupes l'efficacité de leurs idées et de leurs actions menées dans les différents champs de l'existence sociale organisée: économie, religion, politique, art, etc.
Quelle que soit sa société d'appartenance, l'être humain est doté d'une capacité de rationalité limitée qui lui permet de «combiner des moyens et des fins, d'évaluer les éventualités qui se présentent à lui». Il ne s'ensuit pas que Weber ait une vision rationaliste du monde, non plus qu'il ne «psychologise» ou atomise le social: il étudie des phénomènes relationnels associant représentations mentales, actions, situation historique, et dont l'agrégation produit des effets qui échappent à la conscience comme à la volonté des acteurs, ce que Weber appelle le «paradoxe de l'action et des conséquences». Puisque, selon lui, la qualité qui nous fait considérer un événement comme un phénomène social et économique n'est pas un attribut de cet événement, l'idéal-type est le concept opératoire majeur des sciences sociales, «sciences de la culture». Il favorise l'interprétation causale de ces «ensembles significatifs» permettant d'en atteindre «singularité historique» et régularités typiques. L'idéal-type aide ainsi à établir le rapport des populations étudiées à leurs valeurs, ce qui implique que le chercheur réfléchisse simultanément au rapport que lui-même entretient avec les valeurs de sa propre société.
L'idéal-type répond à l'exigence de neutralité axiologique qui non seulement renvoie à la déontologie de la recherche et de l'enseignement, mais encore en conditionne la fécondité. Son élaboration éloigne les risques de gauchissement et de mésinterprétation des matériaux culturels et sociaux - toujours porteurs de choix de valeurs, de visions du monde - par la projection incontrôlée des idéaux et valeurs personnelles du scientifique.
La neutralité axiologique
Nombre d'intellectuels allemands au XIX e siècle, et au début du XX e siècle encore, pensaient possible une science générale du social d'où l'on déduirait le système des lois et des normes valables pour une société donnée. C'était éliminer de la réflexion sur le social les phénomènes politiques, alors même que les bouleversements entraînés par la révolution industrielle et la Révolution française en montraient l'importance avec les revendications croissantes d'individualisme et de démocratie. Au contraire, pour Weber, qui reprend ici la position de Kant, on ne saurait confondre jugement de fait et jugement de valeur - identifier le Beau au Bien et au Vrai - sans perdre la possibilité de connaissances objectives issues d'approches forcément unilatérales du réel. On ne peut démontrer qu'un facteur qui apparaît comme déterminant dans le cadre d'une analyse du changement social vaille comme principe moteur de l'histoire universelle: la hiérarchie établie entre les divers ordres de causalité n'est pas naturellement inscrite dans le réel, elle ne peut que résulter de choix heuristiques.
La sociologie ne saurait donner de directives à la pratique politique - laquelle repose toujours sur des choix de valeurs -, mais seulement des éléments d'expertise technique pour apprécier une situation et les conséquences prévisibles d'une décision. Le jugement de valeur engage une affirmation éthique ou existentielle alors que le rapport aux valeurs est le «socle des questions que nous posons à la réalité», un concept permettant au sociologue l'interprétation des conduites humaines. C'est cette distinction que Weber nomme neutralité axiologique.
Ethique de conviction, éthique de responsabilité
Dans le domaine de la politique, Weber oppose l'éthique de conviction, qui ne se préoccupe que du principe moral présidant à l'action sans se soucier des conséquences, et l'éthique de responsabilité, selon laquelle seul compte le résultat. A ceux qu'attire la sphère politique, il demandait d'être mus à la fois par l'éthique de conviction et par l'éthique de responsabilité, qui accepte de prendre conscience des risques qu'entraîne logiquement toute décision et s'appuie sur une estimation raisonnée des conséquences prévisibles.
Il importe de ne pas confondre science sociale et politique sociale pour travailler sur les phénomènes de pouvoir. Weber distingue ainsi la puissance, «chance qu'a un individu ou un groupe d'imposer sa volonté par la force à d'autres», de la domination, phénomène qui l'intéresse tout particulièrement et qu'il définit comme la «croyance en la légitimité d'un ordre reçu». Celle-ci présente trois formes idéal-typiques: la domination légale, impersonnelle, qui prévaut dans les Etats modernes appuyés sur une Constitution écrite et sur une bureaucratie où sont nettement séparés un état-major de fonctionnaires politiques et une administration recrutée par examen ou concours; la domination traditionnelle, qui repose sur le respect de valeurs coutumières, comme dans le pouvoir patriarcal ou le pouvoir féodal; la domination charismatique, qui se fonde sur la reconnaissance du caractère extraordinaire, parfois sacré, d'un individu dont les «pouvoirs» sont l'élément structurant d'un groupe nouveau (prophète, chef de guerre, voire, à l'époque des partis démocratiques de masse, leader politique). La domination charismatique, qui s'oppose à la domination traditionnelle avant de devenir elle-même source d'une tradition nouvelle par «routinisation du charisme», est pour Weber l'une des voies du changement social, le risque étant l'aliénation du groupe au chef.
L'activité (ou action) sociale
Seules sont sociales les conduites orientées avec un certain degré de conscience (qui peut être illusoire) en fonction d'un comportement d'autrui. Ainsi, des activités humaines comme les actes réflexes, émotionnels ou purement imitatifs, ne peuvent, selon cette définition, être dites «sociales». L'analyse de la signification historique de l'activité sociale repose sur les catégories de fin et de moyen: la «justesse» de l'interprétation causale consiste à déterminer leur degré d'adéquation. Pour faciliter la «critique technique» des actions sociales, Weber en construit une typologie fondée sur la plus ou moins grande rationalité des moyens et des fins. Par ordre croissant de rationalité, il distingue l'action traditionnelle (reposant sur les coutumes, les croyances, l'habitus), l'action rationnelle par rapport à une valeur (solidaire de la religion, de l'éthique, de l'idéologie...), l'action rationnelle par rapport à un but rationnel (celle du savant, du technicien, du gestionnaire).
Sociologie de la modernité
La question de la singularité du développement des sociétés occidentales parcourt toute l'œuvre de Weber. Le passage au capitalisme moderne notamment découle, pour lui, d'une structure sociale spécifique qui n'entrava jamais définitivement ni la poursuite de la rationalisation des pratiques juridiques, économiques et politiques ni la maîtrise conceptuelle du réel par la science. Il y distingue deux tendances, l'impersonnalisation des rapports sociaux, parallèle à l'affaiblissement des liens particularistes et collectifs des structures communautaires - de la famille à l'Etat -, et l'attention à la mesure abstraite et fonctionnelle du réel, qui favorise la valorisation du progrès des connaissances objectives et leurs applications technologiques.
Ainsi Weber différencie-t-il la ville «de plein exercice», la commune, typique du Moyen Age occidental, des villes orientales ou extrême-orientales par l'autonomisation d'un droit et d'une politique économique se libérant intra-muros des droits lignagers et féodaux. Une couche sociale apparaît alors, la bourgeoisie.
De même, la forme de l'Etat moderne émerge de la dépersonnalisation de la souveraineté, de la différenciation et de la centralisation des structures de gouvernement et d'administration, de la distinction des sphères publiques et privées, reposant sur l'observance de règles écrites et non plus sur le respect d'un statut personnel hérité, lié à une stratification sociale par ordres, peu compatible avec la mobilité sociale.
Dans l'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme, Weber montre que le développement du capitalisme moderne ne peut être expliqué par le jeu «naturel» de lois économiques «pures» (libéralisme économique), ni par l'économique déterminant en dernière instance (marxisme), non plus que par une constance psychologique, la «soif de l'or» (Sombart). Mais il ne substitue pas la causalité religieuse à la causalité économique: il explicite l'importance de l'éthique, plus que du dogme d'ailleurs, dans le traditionalisme économique comme dans l'émergence de conduites et de concepts économiques nouveaux. L'ethos calviniste, sa version puritaine surtout, hostile aux traditions, à la magie, à la sentimentalité, au luxe, à tout ce qui est «irrationnel», car inefficace, inutile, était propice à la naissance de l'«esprit du capitalisme moderne»: mentalité et style de vie impliquant libéralisme politique et libéralisme économique, pour exploiter les «chances formellement pacifiques» de profit du marché des biens et du travail. Une accumulation primitive du capital est possible sans le recours à la force; le calvinisme et le puritanisme condamnant la jouissance des richesses, qu'il s'agisse de thésaurisation ou de dépense, comme dangereuses pour le salut de l'âme, seul l'investissement en capital, favorable au développement des entreprises, reste licite.
Le déclin des religions, la montée en puissance du capitalisme, la bureaucratisation généralisée des activités, la socialisation de la science imposent la prédominance de la rationalité «cognitive-instrumentale». Il s'ensuit le «désenchantement du monde», la «perte d'un sens unifié du cosmos», crise morale et culturelle que manifeste le «polythéisme des valeurs» à la fin du XIX e siècle. Les progrès scientifiques et techniques n'entraînent pas automatiquement un progrès de la morale, de la culture ou du sens de la vie, c'est-à-dire du bonheur des hommes.
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