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01 octobre 2009

Enfants et violence conjugale?

Enfants et Violence Conjugale ?
source: http://www.fondation-enfance.org

Karen SADLIER Docteur en Psychologie Clinique et Psychopathologique

 

keyimg20090625_10878098_0.jpgLes enfants qui grandissent dans des familles marquées par la violence conjugale sont des victimes indirectes. Le fait d’être témoin d’une telle agression est aussi traumatisant en soi qu’en être la victime. Le vécu psychologique de l’enfant qui voit ou entend la violence exercée contre sa mère de la part de son père est caractérisé par un sentiment d’impuissance, sentiment partagé par sa mère. Ils sont souvent envahis par un sentiment de culpabilité liée à l’idée de ne pas avoir pu intervenir, vécue parfois comme de la lâcheté de leur part. Ces enfants peuvent avoir des idées, des fantasmes qui sont marqués par le thème de « sauver autrui » ou bien par une problématique dépressive d’autopunition.

Ces enfants sont en mesure d’observer plusieurs rôles lors d’une attaque contre leur mère : celui de la victime, celui de l’agresseur, ou éventuellement celui d’une tierce personne « sauveteur ». Les enfants qui grandissent dans un contexte de violence conjugale ont tendance à s’identifier à l’un de ces rôles, rôle qui est souvent repérable lors des premiers entretiens de psychothérapie.

Trois décennies de recherches ont été effectuées sur des enfants grandissant dans des foyers marqués par des violences conjugales. Ces études repèrent une souffrance complexe. Les enfants manifestent une tolérance limitée à la frustration et des difficultés à gérer la colère de façon adaptée. Une image de soi négative est typique ainsi que l’inversion des rôles parento-infantiles lors de laquelle l’enfant tente de protéger sa mère ou veille à la « tranquillité » de son père. Du point de vue social, ils peuvent s’isoler en raison de la honte qu’ils ressentent par rapport à la violence conjugale. Ils présentent souvent des états dépressifs, des troubles post-traumatiques ou des difficultés d’ordre psychotraumatique. On observe la répétition ultérieure la violence dont ils ont été témoins, soit en devenant violents euxmêmes dans leur propre couple, soit en choisissant des conjoints violents.

Evidemment, ces enfants peuvent aussi bénéficier de facteurs de protections intra-psychiques et relationnelles qui seront associées à un état de résilience psychologique lors de leur vie d’adulte.

Une relation stable et sécurisante avec un adulte, des manières de faire face à la violence actives mais adaptées à son âge et à son statut d’enfant, se sentir valoriser par rapport à ses compétences sont des éléments qui contribueront à la résilience psychologique. Le fait de ne plus vivre dans un foyer caractérisé par la violence est aussi capitale. Pourtant il ne faut pas confondre la cessation de la violence avec la cessation de la souffrance chez l’enfant. La gravité et la répétition des violences conjugales sont facteurs de risques majeurs d’un point de vue psychologique.

Prenons l’exemple de Béatrice, une petite fille âgée de 7 ans :

A plusieurs reprises, Béatrice voit son père battre sévèrement sa mère mais la dernière fois, il a essayé de la poignarder. Suite à cette dernière attaque, la mère quitte son mari et s’installe avec Béatrice et ses deux soeurs aînées dans une autre ville.

Malgré la séparation de ses parents un an auparavant, Béatrice continue à craindre que son père ne vienne dans leur nouvelle maison et ne tue sa mère. Elle souffre de cauchemars où elle voit son père massacrer toute la famille. Béatrice évite toute discussion sur cette peur et ces cauchemars, pensant qu’en parler ne pourrait que provoquer la venue effective de son père pour les tuer. Béatrice refuse de dormir seule et insiste pour être accompagnée, elle ne peut pas rester seule dans une pièce.

Elle présente également plusieurs difficultés scolaires, malgré des compétences intellectuelles importantes, en raison d’un manque de concentration et de maux de ventre constants.

Sa mère s’inquiète et consulte un psychothérapeute spécialisé. En séance, comme chez elle, Béatrice insiste pour ne parler qu’en chuchotant de peur que son père ne l’entende et ne la tue. Elle regarde sous chaque meuble pensant que son père aurait pu y placer des micros. Béatrice sursaute en entendant le téléphone ou la sonnerie dans la salle d’attente et comme elle se situe dans une position d’hypervigilance, elle ne peut pas s’empêcher de regarder qui est entré.

Ses dessins représentent toujours une figure masculine avec des oreilles d’une taille disproportionnée et dans ses illustrations représentant sa maison, elle s’applique à dessiner des serrures épaisses sur toutes les fenêtres et les portes.

Grâce à 18 mois de psychothérapie, Béatrice a pu se reconstruire malgré la violence dont elle avait été témoin. La position de sa mère qui a pu rompre sa dépendance vis-à-vis du père et qui a pu s’en séparer se mettant en sécurité ainsi que son enfant, a largement contribué à l’amélioration psychologique.

Les enfants témoins de violences conjugales sont des victimes silencieuses de ce type d’agression. Leur souffrance mérite pourtant d’être abordée autant dans un but thérapeutique que dans une optique de prévention ultérieure afin de rompre le cycle de violence et ses effets sur le bien-être des individus et des familles.

Karen SADLIER Docteur en Psychologie Clinique et Psychopathologique

RÉFÉRENCES


- Sadlier K. (2001) L’état de stress post-traumatique chez l’enfant Presses Universitaires de France, Collection Médecine et Société, Paris.

- Jaffe P., Wolfe D., Wilson, (1990) Children of battered women, (Enfants de femmes battues) Editions Sage. Londres.

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